vendredi 1 juillet 2016

AVENUE CHEIKH ANTA DIOP: Embouteillage à grande vitesse

On se croirait à Lagos, la capitale économique du Nigéria, où les bouchons peuvent durer une éternité mais non. Dakar a également ses heures et ses axes d’interminables « go-slow » (expression nigériane pour désigner les embouteillages)

Les klaxons fusent de partout. Le vrombissement incessant des moteurs amplifie l’ambiance au rond point de l’Université Cheikh Anta Diop deDakar (Ucad). Devant l’entrée du Camp Jérémy, l’espace est entièrement occupé par un mélange de Car rapide, de bus Tata, de Ndiaga Ndiaye, ce midi. Certains étudiants se livrent à des empoignades pour trouver des places à bord des bus mais l’embouteillage vient. Et, il est arrivé. Arrêt obligé.

Mamadou Diop et Moustapha Diawara, agents de sécurité du rectorat de l’Ucad jouent fréquemment le rôle de régulateurs. Ils clament leur incapacité  face à ces embouteillages qui sont « devenus de plus en plus inquiétants ». « L’embouteillage et la chaleur ne font pas bon ménage. Que de temps perdu » s’exclame M. Barry, exaspéré au volant de sa Clio (petite voiture de marque française). Le soleil est au zénith et la chaussée dégage une vive chaleur. De l’autre côté de la voie, les sirènes d’une ambulance invitent à donner la priorité aux urgences. Aux abords du Centre hospitalier universitaire de Fann, la situation est « insoutenable » affirme le passager d'un taxi. Un long fil de véhicules est immobile depuis un long moment. A intervalle irrégulier de temps, elles avancent à pas d’escargot.

La densité du trafic urbain sur cet axe est l’une des raisons principales. Le spectacle est grandiose. De nombreux taxis jaunes-noirs renforcent les rangs. La circulation est obstruée. Quelques rares scooters (motos) se fraient un chemin entre les automobiles. Un tel scénario est devenu un rituel. Cette voie facilite l’accès au centre-ville de Dakar. Il favorise les mouvements des populations qui, tôt le matin, se dirigent presque tous vers le centre-ville. Le soir, c'est le mouvement inverse. Cette réalité implique les énormes bouchons.

Pousse-pousse
Les usagers de cette avenue perdent des heures à attendre chaque semaine sur cette voie. « Ce sont les plaquettes de voitures qui en souffrent » affirme Mme Seck à côté de sa voiture tombée en panne près de l’agence de Sonatel. Ces embouteillages tentaculaires sur l’avenue Cheikh Anta Diop empiètent également sur la circulation des piétons. Les trottoirs sont réservés, mais force est de constater que cet espace leur est âprement disputé par les motocyclistes. Une fois encore l’embouteillage peut tout justifier.

Plusieurs motocyclistes prennent d’assaut les trottoirs quand leurs tentatives de se faufiler entre les véhicules semblent impossibles. Assis en face de l’Ecole nationale de Développement sanitaire et social (ENDSS), Ibrahima Gueye est étudiant en Licence 3 en Sciences politiques. Venu retirer sa bourse, il fustige le fait que « les piétons ne sont pas respectés. Les tunnels construits pour faciliter la traversée de la voie n’ont jamais servi. M. Deme, en boubou blanc est un gendarme à la retraite. Il dit choisir ses heures de sortie pour ne pas être confronté à ces embouteillages. Il propose de « décongestionner » Dakar en déplaçant certains ministères ainsi que  le marché Sandaga.

        « Mon avenir, mon avenue »
Les embouteillages sur l’avenue Cheikh Anta Diop sont parfois dus aux mouvements des étudiants. Au Sénégal, la place de l’Obélisque est reconnue de tous comme l’endroit par excellence  pour les manifestations politiques. Ainsi, les étudiants confisquent de « droit » cet axe routier. Il suffit d’un rien du tout pour que ces derniers installent le désordre sur cette voie.

Les affrontements réguliers avec la police à coups de pierres et de gaz lacrymogènes ont fait positionner de façon permanente, un pick-up de la police à l’angle du carrefour du grand portail du Coud. Ceux-ci sont plus attentionnés sur les faits et gestes des étudiants que par la fluidité de la circulation.

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