On se croirait à Lagos, la capitale économique du Nigéria, où les bouchons
peuvent durer une éternité mais non. Dakar a également ses heures et ses axes d’interminables
« go-slow » (expression nigériane pour désigner les embouteillages)
Les klaxons fusent de partout. Le vrombissement incessant des
moteurs amplifie l’ambiance au rond point de l’Université Cheikh Anta Diop deDakar (Ucad). Devant l’entrée du Camp Jérémy, l’espace est entièrement occupé
par un mélange de Car rapide, de bus Tata, de Ndiaga Ndiaye, ce midi.
Certains étudiants se livrent à des empoignades pour trouver des places à bord
des bus mais l’embouteillage vient. Et, il est arrivé. Arrêt obligé.
Mamadou Diop et Moustapha
Diawara, agents de sécurité du rectorat de l’Ucad jouent fréquemment le rôle de
régulateurs. Ils clament leur incapacité
face à ces embouteillages qui sont « devenus
de plus en plus inquiétants ». « L’embouteillage
et la chaleur ne font pas bon ménage. Que de temps perdu » s’exclame M.
Barry, exaspéré au volant de sa Clio (petite voiture de marque française). Le soleil est au zénith et la chaussée dégage une vive chaleur. De l’autre côté de la voie, les
sirènes d’une ambulance invitent à donner la priorité aux urgences. Aux abords
du Centre hospitalier universitaire de Fann, la situation est « insoutenable » affirme le passager d'un taxi. Un long fil de
véhicules est immobile depuis un long moment. A intervalle irrégulier de temps,
elles avancent à pas d’escargot.
La densité du trafic urbain sur
cet axe est l’une des raisons principales. Le spectacle est grandiose. De
nombreux taxis jaunes-noirs renforcent les
rangs. La circulation est obstruée. Quelques rares scooters (motos) se fraient un chemin entre les automobiles. Un tel scénario est devenu
un rituel. Cette voie facilite l’accès au centre-ville de Dakar. Il favorise
les mouvements des populations qui, tôt le matin, se dirigent presque tous vers
le centre-ville. Le soir, c'est le mouvement inverse. Cette réalité implique les énormes
bouchons.
Pousse-pousse
Les usagers de cette avenue perdent des heures à attendre chaque
semaine sur cette voie. « Ce
sont les plaquettes de voitures qui en souffrent » affirme Mme Seck à
côté de sa voiture tombée en panne près de l’agence de Sonatel. Ces embouteillages tentaculaires sur l’avenue Cheikh Anta Diop
empiètent également sur la circulation des piétons. Les trottoirs sont
réservés, mais force est de constater que cet espace leur est âprement disputé
par les motocyclistes. Une fois encore l’embouteillage peut tout justifier.
Plusieurs motocyclistes prennent d’assaut les trottoirs quand leurs
tentatives de se faufiler entre les véhicules semblent impossibles. Assis en
face de l’Ecole nationale de Développement sanitaire et social (ENDSS), Ibrahima
Gueye est étudiant en Licence 3 en Sciences politiques. Venu retirer sa bourse,
il fustige le fait que « les piétons
ne sont pas respectés. Les tunnels construits pour faciliter la traversée
de la voie n’ont jamais servi. M. Deme, en boubou blanc est un gendarme à la
retraite. Il dit choisir ses heures de sortie pour ne pas être confronté à ces
embouteillages. Il propose de « décongestionner »
Dakar en déplaçant certains ministères ainsi que le marché Sandaga.
« Mon
avenir, mon avenue »
Les embouteillages sur l’avenue Cheikh Anta Diop sont parfois dus
aux mouvements des étudiants. Au Sénégal, la place de l’Obélisque est reconnue
de tous comme l’endroit par excellence
pour les manifestations politiques. Ainsi, les étudiants confisquent de « droit » cet axe routier. Il suffit
d’un rien du tout pour que ces derniers installent le désordre sur cette voie.
Les affrontements réguliers avec la police à coups de pierres et de
gaz lacrymogènes ont fait positionner de façon permanente, un pick-up de la
police à l’angle du carrefour du grand portail du Coud. Ceux-ci sont plus
attentionnés sur les faits et gestes des étudiants que par la fluidité de la
circulation.

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